Pour la première fois, un robot humanoïde industriel conçu en France s’apprête à travailler à plein régime sur une chaîne de montage automobile. Baptisé Calvin, développé par la deeptech tricolore Wandercraft, l’appareil est évalué depuis février 2026 dans l’usine Renault de Douai (Nord) et doit devenir pleinement opérationnel à l’été 2026. Un cap symbolique pour la robotique européenne, longtemps distancée par les acteurs américains et chinois.
Un humanoïde né de l’exosquelette médical
Wandercraft n’est pas un nouveau venu. L’entreprise s’est d’abord fait connaître pour ses exosquelettes robotisés permettant à des personnes paralysées de remarcher. C’est ce savoir-faire sur l’équilibre dynamique et le contrôle du mouvement qui a donné naissance à Calvin-40, présenté comme le premier robot humanoïde de la société pensé pour des tâches physiques en environnement industriel.
À Douai, la machine occupe un poste réputé pénible et répétitif : la manutention de pneus de 12 à 15 kilos, sur la ligne nocturne dédiée à la Renault 5 électrique. Mobile et polyvalent, Calvin s’appuie sur ce que les ingénieurs appellent l’« IA physique » : une intelligence artificielle qui lui permet de percevoir son environnement et de s’y adapter en temps réel, plutôt que de répéter aveuglément un geste programmé.
Ce qui change concrètement pour l’industrie
La différence avec un bras robotisé classique tient à cette polyvalence. Là où un robot traditionnel est fixé et dédié à une seule opération, un humanoïde peut théoriquement se déplacer d’un poste à l’autre et prendre en charge des tâches variées, sans réaménager toute la ligne. Pour un constructeur, l’enjeu est double : soulager les opérateurs des postes les plus éprouvants et gagner en souplesse de production.
Le calendrier affiché par Renault est ambitieux. Après la phase de test, le constructeur vise une dizaine de robots d’ici la fin 2026, puis un déploiement à grande échelle de 350 unités d’ici la fin 2027 dans ses usines françaises et espagnoles. Une montée en cadence qui ferait de Renault le premier client industriel de Calvin.
Un pari financier assumé
Derrière le projet, il y a de l’argent et une stratégie. En juin 2025, Renault est entré au capital de Wandercraft à l’occasion d’un tour de table qui a porté à 75 millions de dollars les financements sécurisés par la start-up. Le constructeur y est devenu actionnaire minoritaire, aux côtés notamment du fonds PSIM géré par Bpifrance dans le cadre du plan France 2030.
Au-delà de l’automobile, Wandercraft ne cache pas ses ambitions grand public. L’entreprise prépare la commercialisation d’Eve, un exosquelette personnel auto-équilibré destiné à un usage à domicile. De quoi élargir le marché bien au-delà des chaînes de montage.
Prudence de mise
Reste que le déploiement annoncé demeure, pour l’heure, une trajectoire industrielle et non un état de fait. Passer d’un robot en test à 350 unités opérationnelles en dix-huit mois suppose de résoudre des questions de fiabilité, de maintenance et de coût encore ouvertes. La robotique humanoïde reste un domaine jeune, où les annonces spectaculaires précèdent souvent la maturité technique. L’expérience de Douai servira précisément de test grandeur nature.
Questions fréquentes
Calvin va-t-il remplacer des ouvriers chez Renault ?
Selon le constructeur, l’humanoïde est d’abord affecté à un poste pénible et répétitif — le port de pneus lourds sur un poste de nuit. L’objectif mis en avant est de soulager les opérateurs des tâches les plus éprouvantes plutôt que de supprimer massivement des emplois, mais l’impact réel sur l’organisation du travail se mesurera dans la durée.
Qu’est-ce que l’« IA physique » de Calvin ?
Il s’agit d’une intelligence artificielle embarquée qui permet au robot de percevoir son environnement et de s’y adapter en mouvement, au lieu d’exécuter un geste rigide préprogrammé. C’est cette capacité d’adaptation qui distingue un humanoïde d’un bras robotisé fixe.
Wandercraft est-elle une entreprise française ?
Oui. Wandercraft est une deeptech française, d’abord spécialisée dans les exosquelettes médicaux, qui applique désormais son expertise de l’équilibre robotisé à un humanoïde industriel, Calvin-40.
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