Le monde n’a plus tout à fait la même allure sur les cartes officielles. Vendredi 4 septembre, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution invitant les États et les organisations internationales à abandonner progressivement la célèbre projection de Mercator au profit de représentations plus fidèles aux proportions réelles des continents. Un texte symbolique, porté par l’Afrique, qui relance un débat vieux de plusieurs décennies sur la manière dont on dessine la planète.
Le texte, déposé par le Togo au nom de l’Union africaine et coparrainé par la France, a été approuvé à une large majorité : 164 voix pour, une seule voix contre — celle des États-Unis — et six abstentions. La résolution n’a pas de caractère contraignant : elle encourage les administrations, les éditeurs scolaires et les organismes onusiens à privilégier des cartes en projection à surfaces égales, sans imposer de calendrier ni de sanction en cas de non-application.
Ce vote s’inscrit dans un mouvement plus large de révision des représentations héritées de l’époque coloniale, un sujet que l’actualité internationale a déjà largement documenté ces dernières années à travers les débats sur le rééquilibrage du patrimoine mondial et la reconnaissance culturelle des pays du Sud.
Conçue au XVIe siècle par le géographe flamand Gerardus Mercator pour faciliter la navigation maritime, cette projection conserve les angles mais déforme fortement les surfaces à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. Résultat : le Groenland ou la Russie paraissent démesurément grands, tandis que l’Afrique, pourtant bien plus vaste dans la réalité, semble comparable en taille à l’Europe ou à l’Amérique du Nord.
La projection recommandée par la résolution, de type Equal Earth, corrige cet effet en respectant les proportions réelles des surfaces continentales, au prix d’une légère déformation des formes. Elle succède à d’autres tentatives similaires, comme la projection de Gall-Peters popularisée dans les années 1970, qui n’avait jamais réussi à s’imposer durablement dans l’enseignement ou l’édition cartographique.
Si la résolution ne s’applique à aucun État de manière obligatoire, plusieurs pays, dont la France, ont d’ores et déjà annoncé vouloir faire évoluer les cartes utilisées dans leurs publications officielles et leurs manuels scolaires. Les organisations onusiennes elles-mêmes, engagées par ailleurs dans le suivi des objectifs de développement durable, sont invitées à généraliser ces nouvelles représentations dans leurs rapports et outils de communication.
Pour les défenseurs du texte, la portée dépasse la simple question technique : une carte plus fidèle influence la perception que le grand public se fait du poids démographique, économique et territorial des différentes régions du globe, notamment du continent africain, régulièrement associé à des enjeux locaux comme la crise sanitaire touchant récemment les éléphants du parc d’Amboseli au Kenya, sans que l’ampleur réelle du continent soit toujours perçue à sa juste mesure.
Les cartographes rappellent toutefois qu’aucune projection n’est parfaite : chacune privilégie un critère — surfaces, angles ou distances — au détriment d’un autre. La cartographie, discipline qui touche aussi bien la géographie que le calcul scientifique, reste un choix de compromis plutôt qu’une science exacte, comme le rappelle régulièrement le classement des symboles nationaux à travers le monde, autre domaine où perception et réalité ne coïncident pas toujours.
Reste à savoir si ce changement, largement symbolique à ce stade, se traduira réellement dans les salles de classe et les atlas des prochaines années, ou s’il restera, comme ses prédécesseurs, une intention louable peu suivie d’effets pratiques. Un premier bilan est attendu d’ici la prochaine session de l’Assemblée générale, à l’automne 2027.
Non. Il s’agit d’une résolution non contraignante qui encourage, sans l’imposer, l’adoption de projections à surfaces égales dans les publications officielles et l’enseignement.
C’est une projection cartographique récente qui respecte les proportions réelles des surfaces continentales, contrairement à la projection de Mercator qui les déforme fortement près des pôles.
Seul pays à s’être opposé au texte lors du vote du 4 septembre, les États-Unis n’ont pas détaillé publiquement les motifs précis de leur opposition lors de la séance à l’Assemblée générale.
France Info —
ABC News Australia —
Nations unies — service cartographique
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