Le paradoxe méritait d’être souligné : alors que l’inquiétude des Français pour leur pouvoir d’achat atteint un niveau record, ils n’ont jamais autant fréquenté les magasins physiques pour leurs achats du quotidien. C’est ce que révèle la cinquième édition du baromètre Shopper Trends, réalisé par Imediacenter (Valiuz) en partenariat avec Epsilon France et Publicis Media, dont les résultats ont été relayés ces derniers jours par la presse spécialisée.
Selon cette étude, la part des Français inquiets pour l’évolution de leur pouvoir d’achat est passée de 27 % en 2025 à 44 % en 2026, soit une progression de 17 points en un an. Un climat budgétaire tendu qui aurait pu, en théorie, pousser les consommateurs vers les canaux les moins chers ou purement en ligne. C’est pourtant l’inverse qui se produit sur le terrain.
99 % des Français continuent de faire leurs courses alimentaires en magasin, et l’hypermarché reste le format le plus fréquenté : 74 % des sondés s’y rendent, soit une progression de dix points par rapport à l’an dernier. Un mouvement qui s’explique en partie par le besoin de contrôle sur le budget : voir les prix, comparer physiquement les produits et éviter les frais de livraison reste, pour une majorité de foyers, le moyen le plus sûr de maîtriser une enveloppe de dépenses resserrée.
Le comportement d’achat n’est pas pour autant resté figé. Près de neuf clients sur dix (88 %) déclarent préparer leur achat en ligne avant de se déplacer en magasin pour les produits non-alimentaires, tandis que 78 % des Français disent vouloir voir et toucher un article avant de l’acheter. Ce parcours hybride, souvent appelé « ROPO » (research online, purchase offline) par les professionnels du secteur, confirme que la boutique physique conserve un rôle de vérification et de réassurance que le seul écran ne remplace pas.
Autre enseignement du baromètre : la part des consommateurs exposés à des écrans publicitaires directement en magasin est passée de 23 % à 40 % en un an. Les enseignes multiplient les dispositifs de retail media physique, ces écrans et bornes qui diffusent des offres ciblées au plus près du rayon, une pratique jusqu’ici surtout associée aux sites e-commerce.
Pour les enseignes comme pour les consommateurs, ces chiffres dessinent un commerce moins binaire qu’annoncé : le magasin physique ne recule pas face au tout-numérique, il se transforme en s’appuyant sur lui, tandis que les ménages, sous pression budgétaire, cherchent avant tout à garder la main sur chaque euro dépensé.
Le magasin physique permet de comparer les prix en direct, d’éviter les frais de livraison et de garder un contrôle immédiat sur le budget, ce qui rassure les consommateurs en période d’incertitude économique.
ROPO signifie « research online, purchase offline » : le consommateur se renseigne et compare les prix en ligne avant de finaliser son achat directement en magasin, notamment pour les produits non-alimentaires.
Non, il reste une étape clé de préparation à l’achat pour la grande majorité des consommateurs. Ce sont surtout les canaux exclusivement en ligne, sans passage en magasin, qui perdent du terrain sur les achats du quotidien.
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