Le 20 juillet 2026, la Cour des comptes a publié un rapport très attendu intitulé « Le soutien à l’informatique quantique : premier bilan et perspectives ». Le constat est sans détour : la France dispose d’atouts scientifiques réels dans le calcul quantique, mais sa position industrielle demeure fragile face aux États-Unis et à la Chine, dont les capacités d’investissement sont hors de proportion. Détail rare qui souligne l’urgence : l’institution de la rue Cambon, habituellement portée sur la maîtrise de la dépense, plaide cette fois pour accélérer et mobiliser davantage de moyens.
Dans le rapport, la Cour parle d’un enjeu de souveraineté « colossal ». Le calcul quantique n’est pas une simple prouesse académique : il conditionne des pans entiers de la cybersécurité, de la simulation industrielle, de la santé ou encore de la logistique. Or, sur les onze sociétés cotées de calcul quantique dans le monde, aucune n’est européenne, une donnée qui illustre la faiblesse des marchés de capitaux du continent.
Le marché mondial, estimé à 1,1 milliard d’euros début 2025, pourrait atteindre entre 8,7 et 13 milliards d’euros à l’horizon 2035, avec une croissance annuelle supérieure à 25 %. Un train que la France, malgré ses pépites, risque de rater faute de capital privé suffisant.
La stratégie nationale quantique lancée en 2021 a mobilisé 1,8 milliard d’euros sur 2021-2025, dont 1,5 milliard de fonds publics, essentiellement via France 2030. Sur l’informatique quantique proprement dite, 597 millions d’euros étaient engagés au 31 décembre 2025, soit 86 % des crédits prévus. Emmanuel Macron a annoncé une rallonge d’un milliard d’euros jusqu’en 2030.
Côté formations, l’effort commence à porter ses fruits : 37 masters ont été créés, dont 13 spécifiquement dédiés au quantique, formant environ 1 100 étudiants. La brique « talents » avance ; c’est la brique « capital » qui coince.
Le rapport met en lumière les cinq jeunes entreprises françaises participant au programme militaire PROQCIMA, chargé d’aider la France à disposer de deux prototypes de calculateur quantique universel à l’horizon 2032 :
La Cour des comptes redoute une « phase de concentration et parfois de prédation » : sans relais français ou européens en fonds propres, ces jeunes pousses pourraient être rachetées par des acteurs étrangers, faisant perdre à la France une part de la valeur créée sur son propre sol.
Les recommandations principales du rapport dessinent une feuille de route pragmatique :
L’idée-force : « le défi n’est plus seulement d’augmenter les moyens, mais d’organiser un effet de levier stratégique entre financement public et investissement privé ».
Pour les entreprises françaises, ce rapport dessine trois signaux clairs. D’abord, une fenêtre de commande publique qui devrait s’élargir sur les prochains cycles budgétaires. Ensuite, un besoin criant de capitaux privés patients — assureurs, fonds de pension, family offices — capables d’investir au-delà des tours d’amorçage. Enfin, une demande soutenue de talents formés au quantique logiciel, du développeur d’algorithmes au chef de projet capable de faire dialoguer physiciens et métiers.
Autrement dit, le rapport ne se contente pas de tirer la sonnette d’alarme : il trace un chemin. Reste à savoir si l’écosystème français, encore jeune mais bien identifié à l’international, saura transformer cet avertissement en accélération concrète avant que les États-Unis et la Chine ne creusent définitivement l’écart.
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PROQCIMA est un programme militaire français lancé par le ministère des Armées. Il vise à doter la France de deux prototypes de calculateur quantique universel à l’horizon 2032, en s’appuyant sur cinq startups nationales aux technologies différentes.
Parce qu’il touche à la cybersécurité (les algorithmes de chiffrement actuels deviendraient vulnérables), à la simulation industrielle (chimie, matériaux, énergie) et à la défense. Dépendre d’acteurs étrangers dans ces domaines exposerait la France à des risques stratégiques majeurs.
Selon la Cour des comptes, l’effort public est réel (1,5 milliard d’euros sur 2021-2025 plus une rallonge d’un milliard d’ici 2030), mais insuffisant face aux moyens américains et chinois. Le point faible identifié par le rapport est surtout la difficulté des startups françaises à lever des capitaux privés européens.
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