L’Europe est-elle en train de rater le tournant de l’intelligence artificielle ? C’est la question que repose, avec insistance, l’ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi. Début octobre, il a de nouveau appelé les Vingt-Sept à engager un investissement massif dans l’intelligence artificielle, seule voie selon lui pour éviter un décrochage durable face aux États-Unis et à la Chine.
Le constat n’est pas nouveau, mais les chiffres restent impressionnants. L’Union européenne ne représenterait aujourd’hui que moins de 5 % de la capacité de calcul mondiale dédiée à l’IA, loin derrière les géants américains et chinois. Pour atteindre 15 % d’ici 2030 — un seuil jugé nécessaire pour peser dans la compétition technologique — une étude récente évalue le besoin d’investissement total à environ 1 300 milliards d’euros.
Mario Draghi, qui avait déjà alerté sur ce retard dans son rapport sur la compétitivité européenne, estime que la part strictement publique nécessaire pour sécuriser et amorcer ces investissements s’élève à environ 100 milliards d’euros, une somme qui pourrait être financée via le budget européen en négociation.
Concrètement, l’ancien banquier central plaide pour la construction de centres de données géants sur le sol européen, capables d’entraîner et de faire fonctionner les modèles d’IA de nouvelle génération. Le programme européen EuroHPC, qui a reçu son mandat début 2026, a lancé en juillet un appel à projets pour ces « AI Gigafactories », avec l’objectif de mobiliser plus de 20 milliards d’euros d’investissements privés grâce à un financement public d’amorçage.
Cette stratégie s’inscrit dans la continuité d’initiatives déjà engagées par des acteurs privés sur le continent. L’accord entre Mistral AI et Microsoft autour de la souveraineté numérique européenne ou encore l’investissement de 13 milliards d’euros de Google en Finlande montrent qu’une partie des capitaux privés commence déjà à affluer vers les infrastructures IA du continent.
Au-delà des chiffres macroéconomiques, ce débat touche directement à la compétitivité des entreprises européennes et à l’évolution du marché du travail. En 2023 déjà, l’écart d’investissement était criant : environ 8 milliards de dollars investis dans l’IA au sein de l’UE, contre 68 milliards aux États-Unis et 15 milliards en Chine. Un fossé que les partisans du plan Draghi jugent urgent de combler, sous peine de voir les entreprises européennes dépendre durablement de technologies développées ailleurs.
L’enjeu dépasse la seule informatique : la diffusion rapide de l’IA dans les métiers transforme déjà les débuts de carrière, comme le montre son impact sur l'emploi des jeunes diplômés. Pour les défenseurs du plan européen, disposer d’une infrastructure souveraine serait aussi un moyen de mieux anticiper et accompagner ces mutations, plutôt que de les subir.
Parce que sa part dans la capacité de calcul mondiale dédiée à l’IA reste très faible, ce qui fait craindre une dépendance technologique durable envers les États-Unis et la Chine, tant pour les entreprises que pour les administrations.
Il s’agirait d’une part publique, potentiellement financée par le budget européen actuellement en négociation, destinée à sécuriser et amorcer des investissements privés bien plus importants.
C’est un centre de données de très grande capacité, dimensionné pour entraîner et faire fonctionner des modèles d’IA de pointe. Le programme EuroHPC a lancé un appel à projets pour en implanter sur le sol européen.
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