Carrières Avis de décès Classées Édition Électronique

Recherche

Recherche par terme

Journaliste

Date de parution

_

Catégories

Sports

Retour

25 Juillet 2018

Antony Da Silva-Casimiro - adasilvacasimiro@lexismedia.ca

Patrick Marcil a frappé juste

ARTS MARTIAUX MIXTES. Il est le roi du lethwei et lui, une étoile montante. Si les carrières de Dave Leduc et Marc-André Barriault vont si bien, c'est parce qu'un homme a cru en eux: Patrick Marcil. Portrait sur le sifu qui a développé les talents d'aujourd'hui et de demain.

Patrick a neuf ans et tout de suite, il sait une chose: il ne finira pas derrière un bureau avec un horaire de 9 à 5. L'enfant de Casselman aime regarder la boxe et la lutte, mais c'est lorsque son ami l'invita à un cours de kung-fu donné par le paternel qu'il trouvera sa voie. Par la suite, il a gravi les échelons à l'école d'arts martiaux et kung-fu Patenaude.

À 15 ans, il enseigna déjà. Trois ans plus tard, il ouvrait sa première école avec son ami, aujourd'hui son beau-frère. À l'âge de 23 ans, il décide d'en vivre pleinement. Pour lui, fini le temps où il travaille sur les chantiers de construction pour un autre patron que lui-même. Plus jamais, il n'y retournerait. Et encore aujourd'hui, sa promesse tient.

«J'étais au secondaire et je pensais aux arts martiaux toute la journée. J'avais juste hâte d'aller m'entraîner ou d'enseigner. Mes parents auraient sûrement préféré que je fasse autre chose, avoir un emploi plus normal, plus commun. Mais ils savaient que j'avais un intérêt pour ça et ils n'ont jamais réussi à me convaincre de faire autre chose.»

C'est aussi le fléau qu'il voit le plus dans ses classes: trop de personnes qui travaillent pour la paie et non pour la passion. Lui, ça ne lui a jamais chatouillé l'esprit, même lors des années maigres, de lâcher son école pour avoir une plus grosse rentrée d'argent.

«Tu dois être prêt à faire des heures et à donner des classes. Je peux passer ma journée complète ici, du lundi au vendredi. Une chance que j'ai une femme non-conventionnelle et qui me comprend», lance l'homme aujourd'hui âgé de 43 ans.

Et ça explique aussi son succès et pourquoi des membres demeurent fidèles avec 20 ans. À peine 20% de sa clientèle sont des combattants. Avec plus de 100 membres, dont la grande majorité est uniquement là pour se mettre en forme, il peut dire que c'est mission accomplie.

«T'as pas besoin d'avoir le physique d'un combattant de la UFC pour venir ici. On a des classes enfants et des personnes de plus de 60 ans qui viennent s'entraîner. C'est surtout à propos du développement personnel et de l'estime de soi.»

Le marché gatinois

Voyant le nombre de membres traversant la rivière pour suivre des cours à Ottawa, le jeune homme rempli de rêves a démarré sa propre école à Gatineau, aidé son instructeur Jacques Patenaude.

Ce dernier est une inspiration pour Patrick, qui louange cet homme, décédé il y a trois ans. Surtout que Jacques était plus qu'un instructeur pour le principal intéressé. Lorsque le dojo ouvre en sol outaouais, le nouvel entrepreneur tombe amoureux de la fille du «sifu» qui finira par créer une famille avec celle-ci.

«Je suis chanceux car j'ai découvert ma voie jeune, mais aussi parce que j'ai eu un bon instructeur pour développer ma passion et qui m'a donné ma chance. Je voulais enseigner, il m'a permis de le faire. Je voulais ma propre école, je l'ai eue à 18 ans. Peu de jeunes se font encadrer comme je l'ai été et pour ça, je lui en suis très reconnaissant.»

L'école Patenaude à Gatineau a pris place sur le boulevard Maloney, mais depuis la mi-mai, les plans ont changé. On a déménagé le tout sur la rue Notre-Dame au deuxième étage de l'édifice où on retrouvait la Soupière de l'Amitié.

Le hasard fait drôlement les choses: son beau-père lorgnait justement cette bâtisse, trente ans passés, pour développer le marché gatinois, mais ça ne s'est jamais produit.

«Je trouve ça spécial», admet le sifu franco-ontarien qui célébrera les 20 ans de son école à Gatineau dans ses nouveaux locaux. Des locaux deux fois et demi plus gros que les anciens avec 8000 pieds carrés, une cage, deux salles pour donner des cours, un coin kick-boxing, une administration spacieuse et de la place pour du rangement, entre autres.

Sifu Patrick Marcil

©Photo Le Gatineau Express - Antony Da Silva-Casimiro

Développer des champions

Aux yeux de Patrick Marcil, il est important de préserver l'héritage de l'homme qui a tout démarré il y a des décennies de ça.

C'est sans oublier Julien Leblanc, Isaac Blais, Nicolas Pedneault et Guillaume Poulin ont signé avec TKO, dernière étape avant de faire le saut dans les organisations prestigieuses.

Et dire que tout ça a commencé après avoir vu quelques-uns de ses athlètes, avec peu d'expériences de combat mais beaucoup d'heures d'entrainement, remporter des affrontements contre des spécialistes des arts martiaux qui s'étaient souvent battus.

Patrick Marcil pense notamment à Dave Leduc. Son protégé n'avait que deux combats amateur quand il a voyagé en Thaïlande pour combattre en muay thaï, lui qui avait peu de connaissances sur le style à l'époque.

«C'était un rêve d'avoir une grosse équipe de compétition, mais là, c'est rendu une réalité. Tout ça a démarré il y a une dizaine d'années avec Dave, Marc-André, Julien, Isaac. Ils sont tous arrivés environ au même moment. Si l'élève veut se pousser et écouter et qu'il y a un entraîneur motivé, tout est possible. Est-ce que je suis satisfait de tout ça? Non!»

«Mon instructeur m'a toujours dit de ne jamais être confortable et satisfait, de toujours avoir de nouveaux objectifs. Je veux continuer à ce qu'on est de la relève. Maintenant que mes jeunes sont entrés en TKO, je veux qu'ils montent qu'ils ont leur place. Avec Marc-André, on veut qu'il entre en UFC et qu'il gagne des combats.»

Et Patrick se démarque aussi par une autre caractéristique. Il enfile les gants et «sparre» avec ses athlètes. Même dans la quarantaine, il échange et encaisse les coups de ses jeunes loups. Il ne se tanne pas. Pas pour une miette.

Il se rappelle d'un vieux proverbe chinois de son instructeur Jacques. «Tu te bats pour l'acquérir, tu te bats comme un fou pour le garder et tu te bats comme un vrai pour ne pas le perdre», paraphrase-t-il.

En gros, tu ne demeures pas jeune longtemps, mais t'es vieux pour un long bout. «Quand t'es capable, donnes-toi. Je vais arrêter quand je ne me sentirais plus bien, mais en ce moment, le feu est encore bien allumé. Chaque matin, je m'entraîne et je suis toujours prêt à me battre contre mes athlètes. Tant que je suis capable, je vais le faire.»

Et sa carrière d'athlète?

On parle beaucoup de Patrick Marcil, l'entraîneur, le sifu, mais il ne faut pas oublier qu'avant ça, il était lui aussi un athlète. Montant dans l'octogone à l'époque où ça s'appelait des combats extrêmes, il a eu sa chance et l'a saisie.

Mais ce n'était pas la même chose: pas de division de poids, un style barbare et pas de gants. Le manque de règlements rendait le tout un peu risible. Et tu te battais pour des «peanuts». Le plus que le Gatinois d'adoption s'est fait? Un gros 400$.

À 28 ans, il a eu l'occasion de signer un contrat: trois combats, 1800$. «J'ai opté pour l'école et la famille. Si je ne l'avais pas fait, je n'aurais pas pu bâtir l'école Patenaude ici ou ma famille. Et j'ai toujours aimé aider les gens et je voyais que je pouvais le faire.»

Le sifu de l'école gatinoise Patenaude l'affirme: il est né 15 ans trop tôt. «S'il y avait eu ce qu'il y a aujourd'hui dans mon temps, j'aurais concentré plus de temps comme athlète. Avant, tu perdais de l'argent dans un combat. Aujourd'hui, t'as des commanditaires, tu passes à RDS. Ce n'est pas la même réalité.»

Mais n'allez pas penser qu'il regrette une seconde son choix. Il est aujourd'hui père de deux filles, qui font du kung-fu, et sa femme est à ses côtés, s'entraînant même quatre fois par semaine. Ensemble, ils forment la famille kung-fu.

Politique d'utilisation Politique de confidentialité

Réalisé par