Elle ne fait pas la une des journaux télévisés, mais son invention touche au cœur d’un enjeu stratégique du XXIe siècle. La chimiste franco-américaine Marie Perrin figure parmi les cent scientifiques distingués par le Palmarès des inventeurs 2026, dévoilé lors du Paris-Saclay Summit. Sa trouvaille : un procédé capable de recycler les terres rares contenues dans nos vieilles ampoules. Une avancée qui pourrait, à terme, alléger la dépendance de l’Europe vis-à-vis de la Chine.
Un palmarès qui met la science fondamentale à l’honneur
Chaque année, l’hebdomadaire Le Point publie son classement des inventeurs les plus prometteurs, révélé cette fois lors du Paris-Saclay Summit 2026. Un jury composé de scientifiques, d’industriels et d’entrepreneurs a passé au crible près de 950 profils issus d’universités, d’organismes de recherche publics et de jeunes pousses, pour n’en retenir que 100. L’édition 2026 balaie des domaines aussi variés que l’intelligence artificielle médicale, la physique quantique, la photonique ou la transition écologique.
Parmi les figures citées : Clément Goehrs, cofondateur de Synapse Medicine et son IA d’aide à la prescription déployée à l’hôpital, ou encore les chercheurs à l’origine de LumiSync, un oscillateur présenté comme entièrement photonique. Le point commun de ces lauréats : partir d’une recherche fondamentale pour la transformer en application concrète.
Des ampoules usagées transformées en mine urbaine
Le cas de Marie Perrin illustre parfaitement cette logique. Durant sa thèse à l’ETH Zürich, elle a mis au point un procédé s’appuyant sur des molécules à base de soufre, inspirées de réactions naturellement observées chez certaines enzymes. L’objectif : isoler l’europium, un métal aux propriétés luminescentes, présent dans les tubes fluorescents en fin de vie.
« En une seule étape, on est arrivés à isoler l’europium des ampoules avec des niveaux de pureté beaucoup plus importants qu’avec des procédés classiques », explique la chercheuse. Avantage inattendu : les ampoules usagées contiennent une concentration d’europium environ 20 fois supérieure à celle des minerais naturels. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature et une demande de brevet a été déposée. Pour industrialiser le tout, la chimiste a fondé la start-up REEcover (Rare Earth Element Recovery).
Pourquoi les terres rares sont un sujet brûlant
Les terres rares regroupent 17 éléments indispensables à l’électronique, aux écrans, aux aimants des éoliennes et des véhicules électriques. Leur nom prête à confusion : elles ne sont pas si rares dans la croûte terrestre, mais leur extraction est polluante et géographiquement concentrée. Aujourd’hui, à peine 1 % de ces métaux sont recyclés, alors que la production d’une seule tonne génère, selon les estimations, environ 2 000 tonnes de déchets toxiques et plus d’une tonne de résidus radioactifs.
Dans ce contexte, disposer d’une filière européenne de recyclage relève autant de l’écologie que de la souveraineté industrielle. Les prochaines étapes visées par REEcover concernent le néodyme et le dysprosium, deux terres rares essentielles aux aimants permanents. Ce sont précisément les composants stratégiques des moteurs électriques et des turbines, au cœur de la transition énergétique.
Ce que cela change concrètement
- Moins de dépendance : une part de l’approvisionnement pourrait venir de déchets déjà présents sur le sol européen, plutôt que d’importations.
- Moins de pollution : le recyclage évite une partie des dégâts environnementaux liés à l’extraction minière.
- Une valorisation des déchets : nos vieux tubes fluorescents deviennent une ressource au lieu d’un rebut.
Reste à franchir le cap industriel, celui du passage du laboratoire à l’usine. C’est tout l’enjeu des mois à venir pour les innovations mises en lumière par ce palmarès, à suivre de près dans nos rubriques Science et Technologie et High Tech – Numérique.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une terre rare ?
Il s’agit d’un groupe de 17 éléments chimiques (dont l’europium, le néodyme ou le dysprosium) aux propriétés magnétiques et lumineuses très recherchées. On les retrouve dans les smartphones, les écrans, les aimants d’éoliennes et les moteurs de véhicules électriques.
Pourquoi recycler les terres rares est-il si difficile ?
Les procédés classiques de séparation sont complexes, coûteux et polluants. C’est pourquoi seulement 1 % environ de ces métaux sont aujourd’hui recyclés. L’approche de REEcover cherche justement à simplifier cette étape en une seule opération plus propre.
Cette technologie est-elle déjà disponible ?
Pas encore à grande échelle. Le procédé a fait l’objet de publications scientifiques et d’un dépôt de brevet, et la start-up travaille désormais à son industrialisation avec des recycleurs spécialisés. Les premières applications concernent l’europium des ampoules.
