Loin des projecteurs braqués sur l’intelligence artificielle, une décision technique passée fin juin dessine une frontière décisive pour l’autonomie industrielle de l’Europe dans l’espace. L’Agence spatiale européenne (ESA) a confié à la société française NanoXplore la mission de bâtir les fondations d’un composant électronique stratégique : un circuit reprogrammable gravé en 7 nanomètres, capable de résister aux radiations de l’orbite. Derrière ce sigle aride, ULISSE, se joue une question de souveraineté que peu de citoyens perçoivent, mais qui conditionne la capacité du continent à concevoir seul ses satellites.
Un composant invisible mais irremplaçable
Un FPGA (pour Field-Programmable Gate Array) est une puce dont on peut reconfigurer la logique après fabrication, un peu comme un tableau de bord que l’on recâblerait à volonté. Dans un satellite, ce type de circuit pilote le traitement des signaux, la navigation ou la gestion des instruments. Sa particularité : il doit fonctionner des années dans un environnement hostile, bombardé de particules, sans possibilité de réparation.
Jusqu’ici, l’Europe ne disposait d’aucune filière souveraine pour ces puces en dessous de 28 nanomètres, une finesse de gravure déjà dépassée dans l’électronique grand public. Les acteurs européens dépendaient donc largement de composants conçus hors du continent, avec les restrictions d’exportation et les vulnérabilités que cela suppose pour des programmes de défense ou d’observation.
ULISSE : ce que couvre le programme
Signé le 24 juin 2026, le programme ULISSE (ULtra deep Sub-mIcron interface and SyStem in package technology) est présenté comme l’un des plus importants contrats jamais attribués par l’ESA dans le domaine des composants électroniques. NanoXplore, fondée en 2013 et implantée à Sèvres et Montpellier, en assure le pilotage. Le projet ne consiste pas à livrer immédiatement une puce commerciale, mais à créer les briques nécessaires :
- des blocs de propriété intellectuelle durcis contre les radiations ;
- des bibliothèques de conception adaptées au 7 nm ;
- des technologies d’assemblage avancé dites System-in-Package, qui empilent plusieurs fonctions dans un même boîtier.
L’ensemble doit alimenter une future plateforme de référence baptisée ULTRA7, destinée aux FPGA spatiaux européens de haute performance. Le consortium associe des partenaires en Belgique, en Italie et au Royaume-Uni, avec le soutien du CNES et de la Commission européenne.
Pourquoi cette annonce compte
La portée dépasse le seul secteur spatial. Maîtriser la conception d’un composant en 7 nm, c’est se doter d’un savoir-faire réutilisable pour l’aéronautique, la défense ou les infrastructures critiques. NanoXplore revendique une chaîne d’approvisionnement 100 % européenne et avait déjà qualifié un précédent circuit, le NG-Ultra, embarqué dans des satellites. ULISSE prolonge cette trajectoire vers des puces plus fines et plus puissantes.
Il faut toutefois distinguer l’annonce des résultats. À ce stade, il s’agit d’un programme de développement technologique, non d’une puce disponible sur étagère. Le calendrier précis de disponibilité n’a pas été communiqué, et la réussite dépendra de la capacité à franchir chaque étape de qualification, particulièrement exigeante pour l’usage spatial.
Une brique de la stratégie industrielle française
Ce contrat s’inscrit dans un mouvement plus large. La France a réaffirmé en 2026 ses ambitions dans les semi-conducteurs et l’électronique de pointe, considérés comme un enjeu de souveraineté au même titre que l’intelligence artificielle. Pour le tissu industriel national, voir une PME technologique remporter un contrat de cette ampleur envoie un signal : la recherche appliquée peut se traduire en positions industrielles concrètes, à condition de tenir dans la durée.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un FPGA et pourquoi est-il crucial dans l’espace ?
C’est un circuit reprogrammable après fabrication. Dans un satellite, il permet d’adapter les fonctions électroniques sans changer le matériel, un atout précieux quand aucune réparation n’est possible en orbite.
Que signifie « 7 nanomètres » ?
Il s’agit de la finesse de gravure des transistors. Plus elle est réduite, plus la puce peut être puissante et économe en énergie. L’Europe ne maîtrisait pas cette finesse pour les composants spatiaux avant ULISSE.
Cette technologie est-elle déjà utilisée ?
Non. ULISSE développe les fondations d’une future plateforme, ULTRA7. Le composant final n’est pas encore disponible ; le programme vise à créer le savoir-faire et les briques nécessaires.
Sources
- VIPress — L’ESA confie au Français NanoXplore le futur du FPGA spatial européen en 7nm
- L’Usine Nouvelle — La souveraineté numérique en orbite
- GIFAS — La souveraineté numérique en orbite avec NanoXplore
À lire aussi sur LGExpress : notre rubrique Science et Technologie, nos actualités High Tech – Numérique et notre suivi Business – Entreprise.
